Publié le 8 septembre 2026 — Laura Venancio
Lorsqu’un bébé pleure beaucoup, semble gêné après les repas ou traverse une période de sommeil difficile, ses parents cherchent souvent comment l’accompagner. Parmi les approches manuelles destinées aux tout-petits, le Tui Na pédiatrique, également écrit Tuina pédiatrique, reste encore peu connu en France.
Il s’agit d’une forme de massage issue de la Médecine Traditionnelle Chinoise, adaptée à l’âge, à la sensibilité et aux réactions de l’enfant. Elle emploie notamment des glissés, des pressions légères, de petits mouvements circulaires et des gestes réalisés sur des zones précises. Selon le contexte, elle peut être proposée dans une démarche de confort, lors d’un rendez-vous individuel personnalisé, ou transmise aux parents sous la forme d’une courte routine familiale.
Le Tui Na pédiatrique reste toutefois une pratique complémentaire. Il ne permet pas d’établir un diagnostic médical et ne remplace ni le médecin, ni le pédiatre, ni un traitement prescrit. Chez un nourrisson, un symptôme inhabituel ou une aggravation doit toujours être évalué en priorité par un professionnel de santé.
Qu’est-ce que le Tui Na pédiatrique ?
Le Tui Na fait partie des pratiques manuelles traditionnelles chinoises. Son nom renvoie à deux familles de gestes : tui, « pousser », et na, « saisir ». En pratique, il en comprend bien d’autres : presser, pétrir, glisser, mobiliser très légèrement ou effectuer des mouvements circulaires.
La forme pédiatrique n’est pas simplement un Tui Na pour adulte réalisé moins fort. Elle possède ses propres repères traditionnels et adapte les zones, la durée et le rythme des manœuvres. Les mains, les avant-bras, le ventre, le dos, les pieds ou le visage peuvent notamment être sollicités.
Dans le cadre traditionnel de la MTC, le choix des zones et des gestes s’appuie sur une lecture globale du terrain de l’enfant. Les notions de méridiens, de Qi, de Yin-Yang ou de déséquilibre énergétique appartiennent à ce système historique. Elles peuvent guider la pratique d’un praticien formé, mais elles ne doivent pas être présentées comme des mécanismes biologiques démontrés par la médecine moderne.
Une pratique nécessairement adaptée à l’enfant
Avec un bébé ou un jeune enfant, la qualité du contact compte davantage que la quantité de gestes. Le toucher doit rester doux, régulier et non douloureux. Une séquence peut durer quelques minutes seulement et être interrompue dès que l’enfant montre qu’il a besoin d’une pause.
Avant de commencer, on peut lui parler et annoncer la zone qui sera touchée. Son accord se lit aussi dans son corps. Un regard disponible ou un relâchement peuvent inviter à poursuivre. À l’inverse, une tête détournée, un retrait, un raidissement, des pleurs ou une agitation inhabituelle indiquent qu’il faut ralentir ou arrêter.
Un enfant n’a donc pas à rester immobile pour « réussir » une séance. Il peut être allongé, assis ou dans les bras. Plus grand, il peut marcher, observer ou transformer le geste en jeu. Parfois, un seul geste accepté suffit.
Pour quels besoins les parents s’y intéressent-ils ?
Les demandes concernent souvent trois dimensions différentes qu’il est important de ne pas confondre.
Créer un rituel de contact et de présence
Le massage offre d’abord un temps où le parent ralentit et observe son enfant. La voix, une comptine et la répétition d’un geste simple peuvent créer un repère familial agréable, sans chercher à obtenir à tout prix le calme ou l’endormissement.
Accompagner certains inconforts du quotidien
Des parents demandent aussi des gestes autour du confort du ventre, du retour au calme, des poussées dentaires, d’un nez légèrement encombré ou de périodes d’agitation. Dans ce contexte, je parle volontairement de gestes de confort : je ne promets pas de faire disparaître une colique, de corriger un reflux, de traiter une infection, de renforcer l’immunité ni de régler un trouble du sommeil.
Le même signe peut avoir des causes très différentes. Des pleurs peuvent traduire la faim, la fatigue, une douleur, une maladie ou un besoin de proximité. Une constipation, des vomissements, une gêne respiratoire ou un sommeil très perturbé peuvent nécessiter une évaluation médicale, que le massage ne doit jamais retarder.
Bénéficier d’un accompagnement individualisé
Lorsqu’une famille vient pour un motif précis, le rendez-vous individuel permet de prendre davantage de temps pour comprendre le contexte, l’âge de l’enfant, ses réactions, ses habitudes et les éventuels suivis déjà en cours. Les gestes ne sont alors pas choisis comme une recette universelle. Ils sont ajustés à l’enfant et réévalués au fil de la séance.
Que dit réellement la recherche ?
Les études consacrées au massage pédiatrique et au Tui Na pédiatrique rapportent des résultats favorables dans certaines situations, mais elles ne permettent pas de promettre un résultat individuel.
Une revue générale publiée en 2024 a rassemblé 22 revues systématiques portant sur 81 critères de résultat chez les enfants de moins de cinq ans. Elle relève plusieurs signaux favorables, mais seulement 6 critères sur 81 disposaient d’un niveau de preuve jugé élevé. Les auteurs demandent des recherches de meilleure qualité et un signalement plus complet des effets indésirables.
Une autre synthèse, consacrée spécifiquement au Tui Na pédiatrique et publiée en 2026, a inclus 16 revues systématiques et 27 critères de résultat. Douze avaient un niveau de preuve élevé ou modéré ; les autres, un niveau inférieur. Là encore, les effets indésirables étaient insuffisamment documentés.
Une revue Cochrane plus ancienne sur des nourrissons en bonne santé jugeait au contraire les données trop fragiles pour recommander le massage afin d’améliorer leur santé ou leur développement. Les populations, techniques et critères étudiés différaient cependant de ceux des travaux récents.
La conclusion la plus honnête est donc la suivante : la recherche est encourageante sur certains points, mais encore hétérogène. Les résultats obtenus avec des protocoles cliniques précis ne peuvent pas être automatiquement transposés à tous les enfants, ni à une routine familiale enseignée en atelier. Le premier intérêt d’un atelier reste la transmission d’un toucher respectueux, de gestes simples et de repères de sécurité.
Comment se déroule une séance individuelle au cabinet ?
Un rendez-vous individuel commence par un échange avec le parent. Je m’intéresse au motif de la venue, à son évolution, aux habitudes de l’enfant, à son alimentation, à son sommeil, aux événements récents et aux avis médicaux déjà recueillis. Si un signe nécessite une consultation médicale, celle-ci reste prioritaire.
J’observe ensuite la disponibilité de l’enfant et sa réaction au contact. La lecture traditionnelle issue de la MTC peut compléter cette observation, sans constituer un diagnostic médical. L’enfant peut changer de position, retourner dans les bras, faire une pause ou ne recevoir que quelques gestes.
Les manœuvres sont ajustées à son âge et à ses réactions. Elles peuvent être réalisées par moi, avec le parent présent, puis expliquées si quelques gestes simples peuvent être repris à la maison. Je préfère transmettre peu de gestes clairement plutôt qu’un long protocole.
La fin du rendez-vous permet de revenir sur les observations, de préciser les limites de la pratique et de répondre aux questions. Aucun suivi standard n’est imposé.
Comment se déroule un atelier Tui Na parents-enfants ?
À Floirac, les ateliers Tui Na parents-enfants accueillent les enfants de 2 à 36 mois avec un parent ou un adulte référent. Le groupe est volontairement réduit. C’est le parent qui masse son propre enfant : je montre les gestes sur un support de démonstration, puis je guide chaque famille.
Après l’accueil, je présente la pratique, les règles de sécurité et les signes corporels à observer. Les gestes sont découverts étape par étape, avec des pauses libres. Une comptine gestuelle les reprend de manière ludique, puis un temps de questions et une fiche récapitulative clôturent la rencontre.
Atelier collectif ou séance individuelle : quelle différence ?
| Atelier parents-enfants | Séance individuelle | |
|---|---|---|
| Objectif principal | Apprendre une routine générale ou thématique | Adapter l’accompagnement à un enfant et à un contexte précis |
| Qui masse l’enfant ? | Son parent ou l’adulte référent | La praticienne, avec le parent présent, et éventuellement le parent pour les gestes à refaire |
| Personnalisation | Ajustements de position, de rythme et d’intensité, sans bilan individuel complet | Échange approfondi et sélection individualisée des gestes |
| Format | Petit groupe, démonstration, pratique guidée, comptine et fiche | Rendez-vous familial confidentiel, au rythme de l’enfant |
| À choisir si… | Vous souhaitez apprendre des gestes simples et partager un moment avec votre enfant | Vous souhaitez aborder une situation particulière de manière plus personnalisée |
Quand faut-il reporter ou demander un avis médical ?
Une séance ou un atelier doit être reporté en cas de fièvre, maladie aiguë, douleur inhabituelle, blessure récente, réaction cutanée importante ou inquiétude sur l’état de santé. Une zone irritée ou douloureuse n’est pas massée. Pour un enfant prématuré, médicalement fragile, atteint d’une maladie chronique ou récemment opéré, l’avis du professionnel de santé qui le suit est nécessaire.
Une revue de sécurité publiée en 2020 a montré que plus de la moitié des études ne donnaient aucune information sur les effets indésirables. Elle rapportait aussi des événements graves, principalement associés au massage abdominal de nourrissons prématurés. Le lien de causalité n’était pas établi, mais ces données imposent la prudence.
Le massage n’est jamais un geste de premiers secours. Il faut demander rapidement un avis médical — et appeler le 15 ou le 112 en cas d’urgence — notamment si l’enfant :
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a moins de trois mois et présente de la fièvre ;
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respire difficilement, fait des pauses respiratoires ou bleuit ;
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vomit de façon répétée, refuse de boire ou présente des signes de déshydratation ;
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est anormalement somnolent, peu réactif, très mou ou inconsolable ;
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présente une douleur importante ou inhabituelle, une diarrhée abondante ou du sang dans les selles ;
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voit son état général se dégrader rapidement.
Questions fréquentes
Est-ce que le Tui Na pédiatrique doit faire mal pour être efficace ?
Non. Chez l’enfant, un geste douloureux, une résistance nette ou une aggravation impose de s’arrêter. L’intensité n’est jamais un objectif.
Et si mon enfant bouge ou refuse d’être touché ?
Il n’a pas besoin de rester immobile. Nous pouvons modifier sa position, faire une pause ou arrêter. Son refus est une information à respecter, pas un échec.
Peut-on refaire les gestes à la maison ?
Oui, s’ils ont été clairement montrés et restent simples, doux et adaptés. Un protocole trouvé dans un livre ou une vidéo ne doit toutefois pas être appliqué automatiquement à un symptôme.
Est-ce la même chose qu’un atelier de massage bébé ?
Les deux approches valorisent le toucher et la relation. Le Tui Na pédiatrique se distingue par son origine chinoise, ses familles de manœuvres et ses zones traditionnelles spécifiques, rendues accessibles sans transformer l’atelier en protocole médical.
Faut-il choisir un atelier ou une séance individuelle ?
L’atelier convient pour découvrir la pratique et apprendre une routine familiale. La séance individuelle est plus adaptée lorsqu’il existe un motif précis ou un besoin de personnalisation. En cas de doute sur l’état de santé de l’enfant, le premier interlocuteur reste le médecin ou le pédiatre.
Une approche douce, mais un cadre clair
Je suis Laura Venancio, praticienne en Médecine Traditionnelle Chinoise et certifiée en massothérapie Tui Na. Au cabinet de Floirac, mon approche du Tui Na pédiatrique repose sur trois repères : observer l’enfant, respecter ses réactions et ne jamais confondre accompagnement complémentaire et prise en charge médicale.
Vous pouvez consulter les prochaines dates des ateliers parents-enfants, me contacter avant de réserver ou prendre rendez-vous sur Resalib. Pour découvrir plus largement ma manière d’observer les réactions du corps sans opposer MTC et médecine conventionnelle, vous pouvez aussi lire l’article « Quand le corps parle ».
Sources et ressources utiles
Ouvrages de travail
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Amaël Ferrando, Tuina pédiatrique – L’art chinois du massage des bébés et des enfants, Éditions Edoya, 2024, ISBN 978-2-493790-01-9. Présentation de l’ouvrage : https://edoya.com/livre/tuina-pediatrique-massage-bebe-enfant/
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Maria Mercati, Éveil et santé de l’enfant par le massage chinois Tui Na, Le Courrier du Livre, édition française 2001, EAN 978-2-7029-0414-5.
État des connaissances
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Chen SC et al. Pediatric massage therapy in infants and children under 5 years: an umbrella review of systematic reviews. Heliyon. 2024;10(16). https://doi.org/10.1016/j.heliyon.2024.e35993
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Chen S et al. Clinical efficacy of pediatric Tuina: an overview of systematic reviews. Journal of Acupuncture and Tuina Science. 2026;24:94–106. https://doi.org/10.1007/s11726-026-1555-z
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Bennett C, Underdown A, Barlow J. Massage for promoting mental and physical health in typically developing infants under the age of six months. Cochrane Database of Systematic Reviews. 2013;(4). https://doi.org/10.1002/14651858.CD005038.pub3
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Karkhaneh M et al. Adverse events associated with paediatric massage therapy: a systematic review. BMJ Paediatrics Open. 2020;4. https://doi.org/10.1136/bmjpo-2019-000584
Repères médicaux et réglementaires
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Assurance Maladie — Fièvre chez l’enfant : https://www.ameli.fr/assure/sante/themes/fievre-enfant/bons-reflexes-cas-faut-consulter
-
Assurance Maladie — Bronchiolite : https://www.ameli.fr/assure/sante/themes/bronchiolite/bons-reflexes
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Assurance Maladie — Diarrhée et gastro-entérite de l’enfant : https://www.ameli.fr/assure/sante/themes/gastro-enterite-enfant/que-faire-quand-consulter
-
DGCCRF — Pratiques de soins non conventionnelles : https://www.economie.gouv.fr/dgccrf/les-fiches-pratiques/pratiques-de-soins-non-conventionnelles-soyez-attentif-aux-informations-fournies
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